Sahara occidental : grandes manœuvres en vue dans l’Union africaine

par Akram Belkaïd, 8 février 2017


L'affaire était entendue depuis le mois de juillet dernier, date à laquelle le roi Mohammed VI a officiellement demandé la réintégration de son pays au sein de l’Union africaine (UA). Rien ne pouvait empêcher ce retour, pas même les dernières tentatives d’obstruction menées par la diplomatie algérienne et ses alliées.

Lire aussi Olivier Quarante, « Si riche Sahara occidental », Le Monde diplomatique, mars 2014.Le 30 janvier dernier, le royaume chérifien a donc réintégré une entité quittée en 1984 — il s’agissait alors de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) — pour protester contre l’admission, en tant que membre de cette instance, de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Pour mémoire, depuis 1975, date du retrait du colonisateur espagnol, Rabat et le Front Polisario (1) (lequel a proclamé la RASD en 1976) n’ont jamais cessé de revendiquer chacun leur souveraineté sur l’ex-Sahara espagnol, bande de terre de 266 000 kilomètres carrés que l’on appelle aujourd’hui Sahara occidental. Il s’agit de l’un des plus vieux conflits au monde (Rabat administre 80 % du Sahara et un cessez-le-feu est en vigueur entre les deux parties depuis 1991) et les différents plans de paix n’ont jamais pu déboucher sur l’organisation d’un référendum d’autodétermination.

En obtenant le soutien de 39 pays africains sur 54, le Maroc reprend donc sa place au sein de l’organisation panafricaine. Ses dirigeants revendiquent une victoire diplomatique majeure contre l’Algérie, soutien de première date de la RASD. Il est vrai qu’Alger n’a pu empêcher ce retour, malgré l’aide active de l’Afrique du sud mais aussi du Nigeria, du Zimbabwe et de l’Angola. Ces alliés traditionnels de l’Algérie sont demeurés fidèles à leur lecture « coloniale » du conflit sans parvenir à convaincre d’autres pays du continent.

Il faut dire que, de l’autre côté, le Maroc a déployé une stratégie de bulldozer, incarnée notamment par les multiples périples africains de Mohammed VI, accompagné par d’imposantes délégations d’hommes d’affaires. « Il y a quatre ans, le Maroc a compris que le contexte était idéal pour passer à l’offensive », confirme un diplomate tunisien, bon connaisseur des coulisses de l’UA. De fait, le rival algérien était pénalisé par l’état de santé du président Abdelaziz Bouteflika, incapable de faire la tournée des capitales africaines indécises sur la question saharaouie. « En Afrique, le relationnel entre chef d’État compte beaucoup. Quand un président ou un roi vous rend visite pour vous convaincre de le soutenir, ce n’est pas la même chose que lorsque c’est un ministre des affaires étrangères qui le fait ».

Du coup, le discours algérien concernant le retour du Maroc au sein de l’UA consiste désormais à présenter ce dernier comme une… victoire algéro-sahraouie. En effet, Alger pointe avec raison le fait que rien n’a changé depuis 1984 : la RASD n’a jamais quitté l’OUA et fait toujours partie de l’UA dont elle a été membre-fondateur en 2002. « Le roi Hassan II a toujours déclaré que son pays ne reviendrait dans cette institution que si la RASD en était exclue », rappelle ainsi un diplomate algérien. Pour ce dernier, et c’est d’ailleurs le message délivré par nombre d’officiels de son pays, le retour du Maroc au sein de l’UA équivaut donc à une reconnaissance de la RASD par le Royaume. Bien entendu, tel n’est pas l’avis de la partie marocaine pour qui faire partie d’une organisation ne signifie pas en reconnaître tous les membres. Et de citer la majorité des pays arabes qui ont adhéré à l’Organisation des Nations unies (ONU) mais qui n’ont pas de relations diplomatiques — du moins pas officiellement — avec Israël.

Nasser Bourita, le ministre marocain délégué aux affaires étrangères, affirme d’ailleurs que son pays ne reconnaîtra jamais la RASD, qu’il qualifie d’« entité fantoche » et assure que Rabat « redoublera d’efforts pour que la petite minorité de pays, notamment africains, qui la reconnaissent encore, fassent évoluer leur position dans le sens de la légalité internationale et des réalités géopolitiques ». Un propos qui laisse entrevoir une longue bataille de positions au sein de l’UA. Il faut s’attendre à ce que le Maroc tente de délégitimer la présence de la RASD au sein de l’organisation. Déjà, certains de ses représentants ont avancé un premier argument en affirmant que l’UA ne pouvait admettre en son sein que des États reconnus par la communauté internationale et l’ONU. Or, la RASD n’est pas membre des Nations unies. Cela augure de multiples arguties juridiques et de manœuvres en coulisses. Fort du soutien sud-africain et nigérian, Alger, de son côté, ne cèdera pas sur une position qualifiée « d’intangible ».

Lire aussi Françoise Bouchayer, « Sahara occidental : la paix en suspens », Le Monde diplomatique, novembre 1994.Du coup, l’inquiétude monte quant aux tensions que cette guérilla diplomatique pourrait engendrer au Maghreb. Qualifiées de « paix froide », les relations algéro-marocaines risquent de se dégrader alors que les deux pays sont confrontés à d’importantes difficultés sociales et politiques. Des deux côtés de la frontière, les ingrédients pour alimenter une escalade ne manquent pas. Des dépenses militaires en hausse, des journaux toujours prompts à jeter de l’huile sur le feu plutôt que d’appeler à la détente, des classes politiques, oppositions comprises, enclines à la surenchère sur la question du Sahara et, enfin, des internautes qui s’écharpent en permanence sur les réseaux sociaux. Même les intellectuels de deux pays, y compris ceux qui vivent en Occident, notamment en France, rechignent à la moindre initiative conciliatrice. Et ce ne sont pas les déclarations du Front Polisario qui rassurent. En déclarant que « toutes les options restent ouvertes » au Sahara depuis le retour du Maroc dans l’UA, Brahim Ghali, chef du Polisario, a laissé entendre que la reprise de la lutte armée n’est pas à exclure.

Si les autorités algériennes affirment de leur côté qu’elles privilégieront toujours une solution pacifique, elles viennent néanmoins d’impliquer l’Union européenne (UE) qui a toujours cherché à se tenir aussi loin que possible de ce conflit. Le 21 décembre dernier, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu une décision selon laquelle l’accord agricole et de pêche entre l’UE et le Maroc n’est pas applicable au Sahara occidental. La perspective que Bruxelles estime que le Sahara mérite un « statut séparé » pousse le Maroc à mettre en garde l’UE, en la menaçant de trouver d’autres partenaires économiques. Pour Rabat, ces atermoiements européens sont dus à l’activisme diplomatique des Algériens auprès de la Commission. À moins d’une initiative surprise de l’Algérie ou du Maroc pour régler ce contentieux, la bataille pour le Sahara est loin d’être close.

Akram Belkaïd

http://blog.mondediplo.net/2017-02-08-Sahara-occidental-grandes-manoeuvres-en-vue-dans

Rachida Dati prise en flagrant délit d’espionnage pour Rabat à Bruxelles


Il devient de plus en plus évident que Rachida Dati, la députée européenne censée représenter son parti français Les Républicains à Bruxelles, est un agent du Maroc. C’est un courriel révélé par le hacker Chris Coleman qui le confirme. Dans une correspondance datée du 13 novembre 2011, Rachida Dati transmettait à l’ancien ministre marocain des Affaires étrangères, Taïeb Driss-Fihri, par le biais de son attaché parlementaire, une copie du projet de question écrite que la parlementaire projetait de transmettre à la Commission européenne qui s’apprêtait à voter pour ou contre un accord de partenariat liant le Maroc et l’Union européenne ; en réalité, un deal pour piller les richesses halieutiques du Sahara Occidental. «Je vous prie de trouver ci-joint de la part de Rachida Dati un projet de question écrite qu’elle adressera à la Commission européenne en début de semaine prochaine concernant l’accord de pêche entre l’Union européenne et le Maroc», lit-on dans le courrier électronique signé par Philip Kyle, l’attaché parlementaire de Rachida Dati. «Elle continuera, par ailleurs, cette semaine à Strasbourg, à rencontrer ses collègues députés européens pour les convaincre de voter contre la recommandation de rejet du protocole d’accord 2011-2012 en Commission parlementaire de la pêche la semaine suivante», précise encore le courriel, pièce à conviction formelle du caractère d’agent du Makhzen de l’ancienne protégée de Nicolas Sarkozy.

L’assistant de la députée rassure les autorités marocaines qu’elles seront mises au courant de l’évolution de la situation au sein du Parlement européen en temps réel pour permettre ainsi à Rabat de réagir en fonction de la suite qui serait donnée au projet d’accord. «Rachida Dati ne manquera pas de vous tenir informé de l’évolution de ce dossier au Parlement européen et de la réponse obtenue de la Commission européenne», écrivait-elle à ses employeurs à Rabat.

Combien Rachida Dati touche-t-elle contre son travail d’agent du Makhzen ? C’est une question que les contribuables français et européens sont en droit de se poser, notamment en ces temps de grands déballages et de jets tous azimuts de «boules puantes», pour reprendre l’expression en vogue actuellement dans l’Hexagone.

Karim Bouali

Algérie Patriotique

http://www.algeriepatriotique.com/article/rachida-dati-prise-en-flagrant-d%C3%A9lit-d%E2%80%99espionnage-pour-rabat-%C3%A0-bruxelles

Le roi du Maroc lance depuis Addis-Abeba un nouveau défi à l’Algérie

Conforté par son admission au sein de l’Union africaine, le souverain marocain n’a pas hésité à lancer un véritable défi à l’Algérie dans son discours devant les chefs d’Etat et de gouvernement africains lors de la séance de clôture du 28eme sommet de l’organisation panafricaine. « Le Maroc a toujours considéré qu’il faut d’abord puiser sa force, dans l’intégration de sa sous-région maghrébine. Or, force est de constater que la flamme de l’UMA s’est éteinte, parce que la foi dans un intérêt commun a disparu ! », a-t-il déploré. «L’élan mobilisateur de l’idéal maghrébin, promu par les générations pionnières des années 50, se trouve trahi. Aujourd’hui, nous constatons avec regret que l’UMA est la région la moins intégrée du continent africain, sinon de toute la planète » a ajouté le roi du Maroc, arguments et chiffres à l’appui.

En effet, alors que le commerce intra-régional s’élève à 10 % entre les pays de la CEDEAO, et à 19 % entre les pays de la SADEC, il stagne à moins de 3 % entre les pays du Maghreb. De même, tandis que la Communauté Economique d’Afrique de l’Est avance dans des projets d’intégration ambitieux, et que la CEDEAO offre un espace fiable de libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, les pays du Maghreb sont, eux, à un niveau de coopération économique très faible », regrette-t-il encore avant de prédire la dissolution de cet ensemble. «Nos concitoyens maghrébins ne comprennent pas cette situation. Si nous n’agissons pas, sauf à prendre exemple sur les sous-régions africaines voisines, l’UMA se dissoudra dans son incapacité chronique, à rencontrer les ambitions du Traité de Marrakech, qui lui a donné naissance il y a 28 ans ». De ce constat, il tente de prendre à témoin l’opinion que son choix de se tourner vers l’Afrique est logique au regard de l’incapacité de l’UMA à se dynamiser. « Ce constat conforte le Maroc dans son choix de l’Afrique » conclut Mohamed VI.

Si le constat fait par la roi du Maroc quant à la faible intégration de la sous-région du Maghreb ne peut que rencontrer l’assentiment des observateurs, ces derniers font remarquer, en revanche, que le souverain marocain est mal placé pour parler de l’échec de l’UMA dans la mesure où son pays y est pour beaucoup, à en juger par son intransigeance et son mépris du droit international dans le traitement de la question du Sahara occidental qu’il occupe depuis 1975 sans parler de ses provocations incessantes à l’endroit de ses voisins (Algérie, Mauritanie). Si le discours plein d’amertume du roi du Maroc sur l’UMA n’étonne guère les observateurs, ces derniers s’interrogent sur les ressorts politiques et économiques de la nouvelle stratégie marocaine en direction de l’Afrique subsaharienne. Porté à bout de bras par les entreprises françaises qui cherchent à en faire une plateforme pour leurs projets de délocalisation et de conquête des marchés africains, par les conseils de ses amis israéliens et par les capitaux des pétromonarchies du Golfe, le Maroc semble croire en ses chances de devenir une puissance régionale capable de contrecarrer l’Algérie en Afrique. L’Algérie a les ressources diplomatiques et économiques de répondre à ce nouveau défi mais selon les observateurs interrogés, elle se doit d’élaborer une nouvelle stratégie africaine à la lumière des derniers changements survenus sur la scène continentale.

ADHESION DU MAROC À L’UA Les vérités des Sahraouis

Le Maroc aurait-il commis une erreur en adhérant à l’Union africaine ? Les éléments apportés hier par le MAE sahraoui lors d’une conférence de presse suscitent des interrogations «qui trouveront réponse dans les moments à venir».

Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Moins d’une semaine après le Sommet d’Addis- Abeba clôturé le 31 janvier dernier, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) a tenu à remettre les pendules à l’heure en révélant les véritables conditions dans lesquelles la demande d’adhésion du Maroc à l’UA a été entérinée. Ould Salek, ministre sahraoui des Affaires étrangères, a tenu en toute priorité à rectifier «une information distillée par les Marocains et qui tend à faire croire que cette admission a eu lieu après un vote». Les informations qui étaient parvenues à la presse faisaient, en effet, état que le Maroc avait été élu par 39 voix (sur 54), soit trois voix de plus que ne le prévoient les textes de fonctionnement de l’UA. Faux, soutient Ould Salek, «l’admission du Maroc a eu lieu sur la base d’un consensus entre les Etats membres de l’organisation». 

Il décrit avec force détails la séance au cours de laquelle la décision finale a été prise. Les Etats africains représentés par leur président ou chef de gouvernement étaient alors divisés en trois blocs distincts. 

Le premier bloc était constitué de pays nord-africains. «Il y avait 14 ou 15 Etats. Leur point de vue était très clairement hostile à la demande du Maroc. Certains l’ont même qualifié de «colon» et jugé que son comportement à l’égard du Sahara occidental ressemblait étrangement à ceux de l’apartheid.» Le second groupe «le plus restreint aussi» était composé des «alliés connus du Maroc, le Sénégal, le Gabon et la Côte-d’Ivoire». Le troisième bloc «majoritaire en nombre s’est déclaré en faveur de l’entrée du Maroc au sein de l’Union africaine». Ils ont dit ce qui suit : «Du moment qu’il a ratifié l’acte constitutif qui l’engage à reconnaître les frontières héritées du colonialisme de tous les Etats membres de l’Union africaine, et que la RASD, membre fondateur de l’organisation, en fait partie, il n’y a aucune entrave à son admission.» Selon la même source, ces Etats ont conclu : «Tant que la RASD est là et que la ratification de l’acte constitutif de l’UA a eu lieu sans réserves ni conditions de la part du Maroc, acceptons-le. Ce sera peut-être l’occasion de parvenir à un règlement du dossier, et de parvenir à une solution que les Nations-Unies n’ont pas encore trouvée.» 

Le consensus a lieu. Le Maroc est admis. «C’est une grande victoire pour nous, poursuit Ould Salek. Le Maroc a non seulement ratifié un traité international dans lequel il reconnaît que les frontières du Sahara occidental sont celles héritées du colonialisme, celles que nous revendiquons donc, mais il s’est aussi assis dans une salle où se trouvait le Président sahraoui avec son drapeau national. C’est pour cela que je dis qu’il s’agit d’une victoire.» Ould Salek estime par ailleurs que la suite logique à donner à cet évènement voudrait que le Maroc «qui reconnaît donc officiellement les frontières du Sahara occidental, retire ses troupes des territoires occupés». Les pays ayant penché en faveur de son adhésion à l’organisation panafricaine l’attendent sur ce point. «Le Maroc se doit à présent de déposer les instruments de ratification auprès des institutions concernées. Je vous rappelle que la convention de Vienne exige des signataires de ces traités internationaux une application des textes en toute bonne foie.» 

Le Maroc s’est-il piégé ? Ould Salek lance un grand sourire à la question posée par les journalistes présents à la conférence. «En fait, on ne sait pas s’il s’est fait piéger, ou s’il a tenté de piéger en s’introduisant au sein de l’organisation pour jouer le rôle du ver dans le fruit. L’avenir nous le dira. Pour l’heure, nous constatons qu’il essuie échec sur échec et que toutes ses manœuvres ont fini par se retourner contre lui.» Il rappelle que le Maroc est actuellement en confrontation totale avec les Nations-Unies en raison de son refus d’appliquer les résolutions en faveur d’un dénouement pacifique du conflit du Sahara occidental. Les dernières résolutions de l’Union africaine prises lors du dernier Sommet vont dans le même sens, sinon plus puisqu’elles somment la communauté internationale à agir pour une résolution rapide du dernier dossier de décolonisation du continent. L’étau se resserre autour du Maroc.
A. C. 

Le loup est dans la bergerie

M: Boukhalfa

Publié dans Le Quotidien d'Oran le 07 - 02 - 2017


Voilà une réponse claire et directe de Rabat à tous ceux qui restaient sceptiques quant aux vraies raisons de son adhésion à l'Union africaine, la semaine dernière. Une semaine, jour pour jour, après son entrée au sein de l'organisation africaine, le Maroc dévoile ses objectifs et sa vraie nature, celle d'un pays prédateur, qui ne veut pas lâcher prise au Sahara Occidental. 

La preuve a été donnée par le ministre adjoint des Affaires étrangères, Nacer Bourita, dans un entretien à un pure player marocain, considéré jusque-là comme ‘'opposant» au Palais royal. Il y affirme notamment que l'intrusion de son pays au sein de l'UA n'a d'autres objectifs que d'évincer la RASD en minant les coulisses de l'organisation, et en divisant ses rangs. Et il l'explique: ‘'non seulement le Maroc ne reconnaît pas et ne reconnaîtra jamais cette entité fantoche, mais il redoublera d'efforts pour que la petite minorité de pays notamment africains qui la reconnaissent encore, fasse évoluer leur position dans le sens de la légalité internationale et des réalités géopolitiques. 

‘' Entendre par réalités géopolitiques dans la bouche d'un ‘'diplomate marocain'' le fait de s'inféoder aux anciennes puissances coloniales pour en obtenir la bénédiction dans l'occupation du Sahara Occidental. En fait, Rabat n'a jamais fait mystère de sa volonté de casser l'UA, de l'intérieur ou de l'extérieur, autant comme facteur déstabilisateur au service des vrais tenants de la nouvelle géopolitique internationale, qu'il défend si bien, que comme relais de tous ceux dont l'action de l'UA dérange, en particulier sur le volet de la protection des ressources naturelles du continent des appétits insatiables des grandes multinationales, qu'elles soient minières ou agricoles. 

Et, si le Maroc, comme l'affirme le n°2 de sa diplomatie, -qui n'en menait pas large jeudi 29 décembre à Zouérate lorsqu'il est parti avec son chef de gouvernement présenter les plates excuses du royaume au président mauritanien après l'incartade du chef de l'Istiqlal envers ce pays-, ne reconnaît pas la RASD et veut ratisser large pour évincer la jeune république de l'UA, il y a cependant la question déprimante de la constance politique de certains pays africains vis-à-vis de leurs engagements politiques envers la question sahraouie. Car, si le Maroc est si confiant dans sa stratégie de miner les rangs de l'UA maintenant qu'il y a mis les deux pieds, c'est qu'il a le soutien de tous les pays africains qui ne doivent leurs plans de développement qu'aux subventions de l'AFD (Agence française de développement). En particulier les pays de l'Afrique de l'Ouest, les pays francophones, et que le Maroc arrose depuis un peu plus de deux ans, avec des projets financés par les banques appartenant au holding de la famille royale (SNI), qui se font prêter leur argent par la BAD, la Banque Mondiale ou des banques européennes partenaires. C'est là un argument cruel mais bien réel, solide, pour des pays africains, notamment ceux de l'Ouest, au bord de l'apoplexie financière. Alors, doit-on être étonnés que le Maroc revendique toujours ses chimères territoriales ? Non. Ce qui est, par contre, dangereux, c'est, au sens propre comme au figuré, que ‘' le loup est dans la bergerie''. La preuve ? La voilà: ‘'le Maroc fourbit déjà ses armes probablement pour parachever dans ce sens une majorité des deux-tiers, soit 36 Etats, qui accepteraient d'enclencher une procédure spécifique à l'encontre de cet intrus (RASD, NDLR) entré par effraction'', écrit LeDesk, après l'entretien avec le ministre adjoint marocain des Affaires étrangères.

Union africaine : Le roi Mohamed VI et le retour à la «maison» qu’il va saccager

Le Maroc a fait son entrée officielle hier au sein de l’Union africaine par la personne de son roi, Mohamed VI, et un discours à lire entre les lignes.


Le souverain n’a pas fait dans la rhétorique offensive. Il n’a pas lancé le cri de victoire, mais a fait une intervention presque bachelardienne sur le thème du retour à la maison et sur la notion du foyer comme lieu intime du passé et du futur et comme le gardien de l’âme, du souvenir et de la mémoire. « Qu’il est bon de rentrer chez soi (…) L’Afrique est mon continent, et ma maison. Je rentre enfin chez moi, et vous retrouve avec bonheur. Vous m’avez tous manqué », a-t-il déclaré face à ses pairs africains. 

L’image qu’il a choisie est d’apparence celle du monarque héritier en rupture avec le monarque père--Hassan II qui a choisi il y a 33 ans de claquer la porte de l’Union parce que ses membres avaient décidé en 1984 d’accueillir la jeune et combattante République sahraouie, la RASD.

« Au moment où le Royaume compte parmi les nations africaines les plus développées, et où une majorité de pays-membres aspirent à notre retour, nous avons choisi de retrouver la famille », a ajouté le souverain. Ici, on ne soulignera jamais assez l’immense charge affective dont il couvre ses mots et qu’il sonne pour parler de l’ancrage africain du Maroc. Ici, le choix de Mohamed VI est de parler de l’Afrique, non pas en termes politiques, mais en termes philosophiques et spirituels. C’est selon lui la maison qu’on n’a jamais cessé d’habiter même si on l’a désertée pendant plus de 30 ans. 

C’est le refuge et l’abri qu’on souhaite regagner et protéger. Avec un peu d’efforts, on verrait dans ses analogies et dans la description qu’il fait du retour de son pays dans le giron panafricain - la « maison » ! - une similitude avec la chaleur du ventre maternel et celle de l’agneau de retour au bercail. Rien d’étonnant alors d’entendre plusieurs chefs d’Etat, parmi lesquels la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf ou le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, expliquer que le retour du Maroc permettrait de discuter de la question du Sahara occidental au sein de l’assemblée « en famille ». Mais est-ce possible ? Entre le Maroc et les indépendantistes sahraouis, il n’y a pas qu’un mur, mais des tranchées aussi profondes que l’est le conflit qui les oppose depuis plus de quarante ans. Il y a la demande du Polisario et de la RASD d’un référendum d’autodétermination, dont Rabat ne veut pas entendre parler. 

Pour revenir au discours du roi Mohamed VI, il n’y a dedans, en effet, rien de belliqueux ni de transgressif des grands principes doctrinaux de l’Union Africaine, notamment ceux énumérés dans l’Acte constitutif de Lomé qui, depuis juillet 2000, fait de l’intangibilité des frontières héritées de la décolonisation et de la non utilisation de la force pour l’acquisition de territoires des lignes à ne pas franchir au risque de casser la « maison ». Cependant, il y a des allusions à ceux auprès de qui Rabat « ne fait pas l’unanimité »… Il y a des touches allégoriques selon lesquelles le Maroc du roi Mohamed VI reste celui du défunt roi Hassan II sur la question du Sahara occidental précisément !

Mort de l’UMA et rien de nouveau à l’horizon

« Le retrait de l’OUA était nécessaire : il a permis de recentrer l’action du Maroc dans le continent, de mettre aussi en évidence combien l’Afrique est indispensable au Maroc, combien le Maroc est indispensable à l’Afrique », a déclaré le souverain chérifien devant les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA. Plus significatif encore lorsque le souverain exprime de façon claire et sans ambigüité que son pays « a toujours considéré qu’il faut d’abord puiser sa force, dans l’intégration de sa sous-région maghrébine. Or, force est de constater que la flamme de l’UMA s’est éteinte, parce que la foi dans un intérêt commun a disparu ! ». L’élan mobilisateur de l’idéal maghrébin, promu par les générations pionnières des années 1950, se trouve trahi. Aujourd’hui, nous constatons avec regret que l’UMA est la région la moins intégrée du continent africain, sinon de toute la planète », poursuit le souverain.

En d’autres termes si l’UMA n’existe déjà plus, ce n’est pas de la faute du Maroc, laisse-t-il fortement entendre avec la suggestion également que l’Union du Grand Maghreb n’a pas d’avenir. Le roi Mohamed VI précise que « si le commerce intra-régional s’élève à 10% entre les pays de la CEDEAO, et à 19% entre les pays de la SADEC, il stagne à moins de 3% entre les pays du Maghreb». Il spécifie « que la Communauté Economique d’Afrique de l’Est avance dans des projets d’intégration ambitieux, et que la CEDEAO offre un espace fiable de libre circulation des personnes, des biens et des capitaux » (…) mais que les pays du Maghreb sont, eux, à un niveau de coopération économique très faible. « Nos concitoyens maghrébins ne comprennent pas cette situation», énonce-t-il faisant du Maghreb un désir empêché par un responsable qu’il ne nomme pas mais qu’on devine : l’Algérie. 

Enfin, il avertit : « Si nous n’agissons pas, sauf à prendre exemple sur les sous-régions africaines voisines, l’UMA se dissoudra dans son incapacité chronique, à rencontrer les ambitions du Traité de Marrakech, qui lui a donné naissance il y a 28 ans ». Une mise en garde face à une réalité déjà là mais dont il n’explique pas les raisons profondes. Cela ne l’intéresse pas et pas une seule fois il n’a d’ailleurs abordé la question du conflit sahraoui. A la place, et dans ce qui pourrait bien être une petite pique à l’Algérie et ce qu’elle a représenté et surtout par rapport à son soutien de près d’un demi-siècle à la cause sahraouie, il a glissé que « la notion de tiers-mondisme » lui parait « dépassée ». Quand on se rappelle ce que cette notion charrie comme sens et les noms qu’elle fait évoquer, on peut supposer que le retour à la maison décrit par le souverain marocain n’est pas sans risque de feu et n’est pas sans péril. Même si le monarque a pris soin d’adoucir son discours, il serait naïf de prendre ce qu’il dit pour argent comptant. Et comme nous le dit ce vieux conte de Perrault, derrière un agneau peut bien se cacher un loup. A la guerre comme à la guerre. 

Popular Posts

Recent Posts

Sample Text

Blog Archive