Les accords agricole et de pêche tombent à l'eau

Le mariage de convenance est parti en fumée
Elisee Touchard, Septembre 27, 2016


Melchior Wathelet, visage angélique et avocat général de la Cour européenne de justice, prononce une sentence lourde de conséquences pour le Maroc: "le Sahara occidentalne fait pas partie du Maroc" et de ce fait, "ni l'Accord d'association UE-Maroc ni l'Accord de libéralisation ne lui sont applicables". D'un mot, tombent à l'eau les accords agricole et de pêche signés entre Bruxelles et Rabat et englobant le Sahara occidental. L'avocat général, naguère homme politique de premier plan dans son pays la Belgique et, aujourd'hui, porte-parole de la plus haute juridiction de l'Union européenne, va plus loin dans son énoncé des motifs en relevant que l'Union européenne et ses Etats membres "n'ont jamais reconnu que le Sahara occidental fait partie du Maroc ou relève de sa souveraineté".

Commentant un des cas de figure envisagé par l'avocat général de la CJUE dans son avis formulé mardi et dans lequel il préconisait d'annuler l'arrêt du Tribunal et de rejeter le recours du Front Polisario, Me Devers a expliqué que cette suggestion "ne remet nullement en cause la capacité du Front Polisario à agir contrairement aux interprétations qui ont été données, par certains, aux propositions avancées par Me Melchior Wathelet". De ce fait, et comme le recommande l'avocat général de la CEJ, l'arrêt de la Cour rendu le 15 décembre 2015 doit être annulé et le recours du mouvement séparatiste rejeté. Des thématiques qui devraient bien plus être au cœur du projet commun pour l'Europe et le Royaume du Maroc. A commencer par les erreurs de droit.

"Or, le Sahara occidental constitue précisément un tel territoire par rapport à l'Union et au Maroc", a-t-il relevé.

"En faisant appel de la décision de la Cour, l'UE ne parvient pas à respecter ses obligations internationales".

Quant à la décision finale de la Cour de justice de l'Union européenne qui sera rendue dans les prochains mois, le spécialiste des relations internationales a estimé que la Cour prendra en compte dans sa décision les remarques de l'avocat général. Ce tribunal a commis une autre bourde, selon le Conseil européen, quand "il a conclu que le requérant était directement et individuellement concerné par la décision annulée". Une démarche, faut-il le noter, qui a fait l'objet d'une étude d'impact pour ce qui est des retombées du dernier accord de pêche liant le Maroc à l'UE.

Le Conseil de l'UE a introduit, quelques semaines après, un pourvoi devant la Cour de justice à l'encontre de l'arrêt du Tribunal, rappelle-t-on. Puis rapidement conduit le Conseil européen à interjeter appel auprès de la CJUE car le Maroc avait aussitôt décidé de cesser tout contact avec l'UE, pourtant un des principaux partenaires. Le Conseil a par ailleurs demandé et obtenu que l'affaire soit soumise à une "procédure accélérée", le 7 avril 2016.

Le Tribunal, qui avait considéré que le recours du Front Polisario était recevable, avait basé son arrêt sur le fait que l'accord avec le Maroc avait vocation à s'appliquer également au Sahara occidental.


Le Maroc et la RASD siègeront de plsin droit au sein de l'UA sans qu'il ne soit possible pour l'un d'exclure l'autre

par Maître Takioullah Eidda

Après l’échec de sa dernière tentative lors du dernier sommet de l’Union africaine de Kigali, le Maroc a formellement déposée, le 23 septembre 2016, une demande d’adhésion auprès de la Présidente de la Commission de l’Union Africaine.

À l’analyse de "l’Acte constitutif de l’Union Africaine", la RASD ne peut s’opposer à cette demande d’adhésion, puisque celle-ci est accordée à la majorité simple des États, nombre qui est déjà acquis pour Maroc.

En revanche, l’adhésion du Maroc ne peut en aucun cas exclure la RASD de l’Union Africaine, puisque nulle part dans l’Acte constitutif il n’est fait mention de l’exclusion d’un État membre de l’UA.

En effet, aux termes de cet Acte constitutif, il n’y a que deux possibilités: le départ volontaire d’un État, selon l’article 31, ou la suspension d’un État dans le cas d’une prise de pouvoir par «des moyens anticonstitutionnels (Coup d’État)», selon l’article 30.

Le Maroc a donc choisi de siéger aux côtés de la RASD, plutôt que de rester en parasite à l’extérieur de l’organisation africaine. 

Est ce que cette adhésion constitue une reconnaissance de fait de sa part de la RASD, dont il a toujours nié la légitimité? 

Tout est une question de point de vue. Des précédents existent quant à la cohabitation des États ennemis au sein de certaines organisations internationales. Chine/Taiwan, Corée du Sud/Corée du Nord, Israël/Palestine …etc. en sont des exemples. 

Ceci dit, une fois admis, le Maroc aura à confronter au sein de l’Union Africaine des obstacles juridiques majeurs liés à sa revendication du Sahara Occidental en tant qu’ancienne colonie espagnol.

Tout d’abord, aux termes de l’article 4 (b) de l’Acte constitutif, "l’Union africaine fonctionne conformément aux principes du Respect des frontières existant au moment de l’accession à l’indépendance."

Puis, ces mêmes principes furent réitérés à l’article 4(f, h, i, k) du "Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine", de même qu’aux articles 3 (a) et 4(c) du "Pacte de non-agression et de défense commune de l’Union africaine". 

Les dispositions de ces instruments juridiques fondamentaux se dressent comme obstacle majeur devant le Maroc quant à sa revendication du Sahara Occidental au sein de l’UA. D’autant plus que la RASD est un membre fondateur de cette organisation, en règle conformément à l’Acte constitutif et jouit d’un droit acquis au sein de celle-ci. 

Le Maroc serait donc dans l’obligation d’accepter de siéger aux côtés de la RASD, sans trop de bruis, et ce, dans l’attente d’éventuels amendements majeurs de l’acte constitutif, ce qui n’est pas pour demain, compte tenu des soutiens de poids lourd (Afrique du Sud, Ethiopie, Nigéria …) dont jouit la RASD au sein de l’organisation. 

Maître Takioullah Eidda, avocat
Montréal, Canada
26.09.16
quebec171[at]gmail.com

Reconnaissance implicite de la RASD par le Maroc

RECONNAISSANCE IMPLICITE DU SAHARA OCCIDENTAL PAR LE MAROC

Le Maroc est coutumier du fait. Il eut la même attitude s’agissant de la Mauritanie qu’il reconnut tacitement avant de le faire officiellement le 29 janvier 1970 en établissant des relations diplomatiques entre eux et en échangeant des ambassadeurs. C’est par des touches similaires à celle d’adhérer à l’Union africaine, alors que le Front Polisario en fait toujours partie, que le Maroc a généralement fait connaître ses changements de position.

En effet, dans le sillage du Traité d’Ifrane (Janvier 1969) par lequel Rabat renonçait à ses revendications sur des terres algériennes, le Maroc supprimait en novembre 1969 le « ministère de Mauritanie et du Sahara » pour montrer sa bonne volonté de régler les problèmes de frontières avec ses voisins.

L’amélioration sensible des relations entre l’Algérie et le Maroc – celles-ci avaient atteint l’euphorie entre 1972 et 1974 – avait très largement permis la reconnaissance de la Mauritanie par le Maroc. D’autant que le communiqué commun publié à l’issue de la rencontre du 27 mai 1970 à Tlemcen entre le colonel Boumédienne et le roi Hassan II, soulignait que « […] le développement de leurs relations [était] fondé [notamment] sur l’intégrité territoriale [des pays du Maghreb] et de l’intangibilité des frontières [héritées de la colonisation] » retenue comme principe en 1964 au sommet de l’OUA du Caire.

Si le Maroc s’achemine vers la reconnaissance officielle de la RASD, cela constituerait une concession importante, encore plus importante que celle faite en 1970 à l’égard de la Mauritanie, de la part de Rabat qui espère ou qui a déjà obtenu des concessions de la part de l’Algérie, comme cela était le cas à la suite de la signature du Traité d’Ifrane, Alger et Rabat s’étaient, en effet, mis d’accord, « en vue de mener une action commune et d’harmoniser leurs efforts, dans le domaine économique, à constituer une société algéro-marocaine pour la mise en valeur de la mine de Gara-Djebilet ».

Peut-on, avec la demande officielle du Maroc de retrouver l’Union africaine, après trente-deux années d’absence, conclure à une conciliation entre nos pays et la consolidation de leurs relations dans tous les domaines afin de relancer dans les faits la construction du Maghreb face aux multiples défis auxquels fait face notre région : immigration massive, terrorisme, déstabilisation, intervention militaire étrangère, démographie galopante, crise économique, criminalité internationale (drogue, traite des êtres humaines etc.) …

Parti-UDM



Référendum au Sahara occidental : L’Onu appelée à le tenir, l’année prochaine

L’organisation d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui est l’unique solution démocratique conforme à la légalité internationale, pour mettre fin à la colonisation marocaine du Sahara occidental.

C’est ce qui a été mis en avant par les participants, à la conférence tenue au siège du Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies (Onu) à, Genève, mercredi dernier, organisée à l’initiative de membres d’associations de soutien à la cause sahraouie, pour ne citer que ceux venus de Suisse, d’Espagne, d’Italie, de France et des Etats-Unis.

Le système colonial marocain au Sahara occidental ne cessant d’être outre acculé, car étant en violation du droit international et de surcroît des droits de l’Homme, il ne cesse d’être rappelé à l’ordre, par l’opinion internationale et les espaces politico-diplomatiques, ainsi que des instances juridiques, dont celle de l’Union européenne (UE). Si lors de la conférence de Genève, les participants ont souligné, la solution incontournable au conflit, opposant les deux parties, le Front Polisario et le Maroc, qui, depuis 1975, occupe le Sahara occidental, la tenue du référendum d’autodétermination, cette solution conforme à la légalité internationale, doit être appliquée, l’année prochaine. C’est ce qu’ont souligné, pour leur part, les présents au rassemblement de New-York, mercredi dernier, devant l’institution onusienne, à l’occasion de la tenue des travaux de la 71eme session de son assemblée générale. De Genève à New-York, d’Addis Abeba à Bruxelles, de l’Asie comme , à travers l’Amérique Latine, la cause du peuple sahraoui ne cesse de gagner du terrain, notamment la où les tenants de la colonisation marocaine au Sahara occidental, le Palais Royal de Mohamed VI et son Makhzen ainsi que ses alliés, principalement la France, sont confiants de voir leurs manœuvres triompher sur la force du droit et de la légitimité de la lutte du peuple sahraoui pour son indépendance et sa liberté. Pour le ministre des Affaires étrangères espagnol, Ignacio Ybanez Rubio lors de ses entretiens avec le représentant personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, la position de l’Espagne « est en faveur d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, prévoyant la libre autodétermination du peuple du Sahara occidental » et ce, est-il précisé «dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité, conformément aux principes et aux objectifs de la Charte des Nation Unies» indique le ministère des Affaires étrangères espagnol jeudi dans un communiqué. Les associations espagnoles de soutien au peuple sahraoui, ont intensifié leurs actions en soutien à la cause sahraouie, haussant le ton, notamment en direction du gouvernement espagnol, elles exigent de lui un rôle plus pertinent et responsable, pour le parachèvement de la dernière question soumise à un processus de décolonisation en Afrique. Et c’est par ce rôle du gouvernement de Madrid et son action politique, sera reflétée, selon les associations de solidarité avec le peuple sahraoui, la portée et la teneur du soutien humanitaire des Espagnols à la cause sahraouie. Si sur la scène européenne, Rabat depuis, décembre dernier à ce jour, est sous le coup des échecs consécutifs des manœuvres de ses alliées au sein des instances de l’UE, visant à violer insidieusement le droit international mais aussi la législation européenne en matière d’Accord avec le Maroc. Alors que le 4 août dernier, la responsable de la diplomatie de l’UE répondait à une question parlementaire sur la carte du Maroc exposée à l’UE incluant le Sahara occidental. Mogherini a expliqué qu’il s’agissait d’ «erreur», et la carte a été rectifiée, pour ne pas inclure le Sahara occidental, en limitant le territoire marocain à son espace géographique reconnu par la communauté internationale.
Le dépôt de plainte du Front Polisario contestant , auprès de la juridiction de l’UE, l’Accord agricole-Pêche, UE/Maroc, car incluant les territoires sahraouis suivi de la décision de la Cour de justice de l’UE,(CJUE), décembre 2015, annulant les dits accords, car les jugeant illégaux ont donné le tournis au colonisateur marocain comme à ses alliés au sein de l’UE. Aussi, en attendant l’arrêt de la Cour de justice de l’UE, suite à l’appel introduit, févier dernier, par le Conseil de l’UE , pour sauver les gains dont bénéficie l’UE par ses accords avec le Maroc et aussi le système colonial marocain, l’avocat général, a rendu récemment ses conclusions, « de 70 pages», selon l’avocat du Front Polisario, Gilles Devers, dans lesquelles, «il (l’avocat général : Ndlr) a clairement précisé que le Sahara occidental ne relève pas de la souveraineté du Maroc et le Front Polisario a la capacité d’ester en justice devant les juridictions de l’Union européenne» a déclaré Devers. Précisant, plus loin, que « les juges ont estimé illégale l’application de cet accord sur le territoire du Sahara occidental occupé par le Maroc » a-t-il précisé, le 13 septembre dernier. Par ailleurs, la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA) a mis l’accent, jeudi dernier à New-York, sur l’impératif «parachèvement du processus de décolonisation du Sahara occidental» lors de son entretien sur les questions préoccupantes des scènes africaine et internationale, avec le ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères et de la Coopération internationale, Ramtane Lamamra. Et c’est à partir de Genève, que le représentant du Front Polisario en France, lors d’une conférence organisée au siège du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Geneve sous le thème «Droits de l’homme au Sahara occidental, le référendum maintenant» que le diplomate a souligné que le Front Polisario s’attache à la solution conforme au Droit international et la Légalité internationale, en appelant à «l’organisation d’un référendum juste et équitable au sahara occidental». Le responsbale Sahraoui, Bouchraya Bachir a rappelé, pertinement, lors de son intervention, que «la proposition d’autonomie proposée par le Maroc était une solution qui ne correspond pas» a-t-il souligné « à la volonté du peuple sahraoui, seul concerné par son autodétermination», proposition non conforme au droit international, s’agissant du Sahara occidental, question de décolonisation inscrite aux Nations unies.
Karima Bennour


Amar Belani, Ambassadeur d’Algérie à Bruxelles, répond aux fanfaronnades et aux mensonges du Makhzen

Acculé par le dernier sommet des Non-alignés et par l’Union européenne, le Maroc tente désespérément de s’attribuer des « victoires imaginaires » relatives à la question du Sahara occidental, dernière colonie, selon l’Onu. Fin connaisseur du dossier, Amar Belani réfute les mensonges véhiculés par les représentants du Makhzen et remets les pendules à l’heure.

Afrique Asie - Selon la presse officielle marocaine, l’Ambassadeur du Maroc, Omar Hilale, a "croisé le fer et recadré fermement" de hauts responsables algériens lors du sommet des Non-alignés qui vient d’achever ses travaux sur l’île vénézuélienne de Margarita. Qu’en est-il réellement ?

Amar Belani :Ecoutez, les sorties burlesques de ce Monsieur sont une parfaite illustration de la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, une plaisante allégorie sur le ridicule de la vanité narcissique. Il tente désespérément, à coups de pseudo "faits d’arme" dérisoires, de faire accroire à une bilatéralisation de la question du Sahara occidental alors que pour l’ensemble de la communauté internationale il s’agit bien d’une question de décolonisation qui doit être menée à son terme conformément à la légalité internationale. Vous imaginez bien que les hauts responsables algériens ont mieux à faire que d’accorder ne serait-ce qu’une once d’attention à de vaines gesticulations nourries de rhétorique inepte.

Comment réagissez-vous aux conclusions de l’Avocat Général de la Cour de justice de l’UE (CJUE) sur l’accord avec le Maroc sur la libéralisation des échanges de produits agricoles et de la pêche?

Comme vous le savez, l’Algérie n’est pas partie prenante dans ces procédures judiciaires et je crois savoir que les responsables du Front Polisario ont eu à s’exprimer sur ces conclusions de l’Avocat général de la CJUE.

Bien entendu, nous suivons avec intérêt l'évolution de ce dossier et je dois dire que ces conclusions doivent être appréciées, avant tout, sous l’angle du droit international et, qu’à ce titre, elles constituent une avancée majeure qui ne manquera pas de se refléter, d’une manière ou d’une autre, sur un positionnement plus cohérent de l’Union Européenne sur la question du Sahara Occidental.

En effet, tout le monde devra prendre note des conclusions de l'Avocat général de la Cour, M. Melchior Wathelet, publiées le 13 septembre 2016, dans lesquelles il s'est clairement prononcé en faveur de l'inapplicabilité des accords conclus par le Maroc avec l'UE sur le territoire du Sahara occidental, en estimant qu'au sens du droit international le Maroc n'exerce aucune compétence sur ce territoire et que sa souveraineté sur celui-ci n’est reconnue par aucun État au monde.

De fait, l’Avocat général constate, et c’est un tournant, que « le Sahara occidental est, depuis 1963, inscrit par l’ONU sur sa liste des territoires non autonomes, qui relèvent de sa résolution 1514 (XV) portant Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux.

Il ajoute dans ses conclusions que "l’Union et ses États membres n’ont jamais reconnu que le Sahara occidental fait partie du Maroc ou relève de sa souveraineté " et que le droit international ne permet pas d’étendre le champ d’application d’un traité bilatéral à un territoire qui constitue une partie tierce par rapport aux parties au traité. Or, selon ces conclusions, " le Sahara occidental constitue précisément un tel territoire par rapport à l’Union et au Maroc". 

En fait, dans son argumentaire, l'Avocat général de la Cour a fait preuve de cohérence en s'identifiant au consensus international et à la doctrine des Nations unies en matière de décolonisation. Il conclut sur cette base que "le Sahara occidental ne fait pas partie du territoire du Royaume du Maroc et que, par conséquent, les accords d’association et de libéralisation des échanges conclus par le Maroc avec l'UE ne lui sont pas applicables".

Mais l’Avocat général a également appelé à l’annulation de l’arrêt du tribunal, chose dont se félicite le Maroc ?

Il faut lire attentivement l’ensemble du document reprenant les conclusions de l’Avocat général. C’est en partant du constat que l’accord d’association UE-Maroc (et tous les accords subséquents) ne s’applique pas au Sahara Occidental, car ce territoire non autonome, identifié comme tel sur les tablettes de l’ONU, échappe totalement à la souveraineté marocaine, que l’Avocat général motive le rejet de l’arrêt du Tribunal du 15 décembre 2015. Il estime en effet que le Tribunal a eu tort de présupposer l'applicabilité de l'accord sur les produits agricoles et de la pêche au Sahara occidental, alors qu'aucune disposition explicite dans cet instrument ne le prévoit. C’est d’ailleurs cette lecture qui fait dire à l’Avocat général que le Front Polisario "n’est pas directement et individuellement concerné par la décision litigieuse", dès lors que l'Accord ne s’applique pas au territoire contesté du Sahara occidental.

Vu sous cet angle, l'avocat général a fait une lecture juridique de l’accord tel qu’il a été conclu, renvoyant aux 15 juges de la Cour de justice européenne la décision de vérifier l’existence ou non de pratiques d’État attestant l’application de l’accord au territoire sahraoui. A cet égard, un rapport factuel publié récemment par l’ONG "Western Sahara Resource Watch" révèle, preuves à l’appui, qu’au moins une transaction commerciale portant sur l’importation dans l'espace européen d’une cargaison d’huile de poisson, produite au Sahara occidental, a bien eu lieu en violation du droit international et de la décision de la justice européenne du 15 décembre 2015, qui est toujours valable car l’arrêt du tribunal n’a pas été suspendu.

Dans le cas d’espèce, la CJUE se trouve face à un exemple concret prouvant l'extension de fait de l'application des accords signés par l'UE au territoire du Sahara occidental. Elle devrait par conséquent suivre l’avis de l’Avocat général lorsqu'il estime que, dans cette hypothèse, "le Tribunal a procédé à juste titre à l’annulation partielle de la décision contestée en ce qu’elle approuve l’application de l’accord de libéralisation au Sahara occidental", et que le Front Polisario est habilité à contester la décision litigieuse. 

Et au sujet de la représentativité du peuple sahraoui ?

S’agissant de la question de la représentativité du peuple sahraoui, l’Avocat général de la Cour, tout en soulignant la responsabilité historique de l’Espagne en tant que puissance administrante du territoire, car l’Espagne n’avait pas le pouvoir de transférer l’administration de ce territoire à un État tiers sans le consentement des Sahraouis, n’a pas tenu compte de la spécificité et de l’interdépendance des questions inscrites dans le cadre du processus de décolonisation conduit par l’Onu, qui recouvrent de manière indissociable à la fois des aspects politiques, de respect des droits de l’homme et de souveraineté des peuples colonisés sur les ressources naturelles de leurs territoires.

Pour toutes ces questions, le seul représentant légitime du peuple sahraoui auprès des instances onusiennes a été et demeure toujours le Front Polisario, partie au conflit et signataire de l'accord de cessez-le-feu de 1991. D'ailleurs, la configuration des négociations menées sous la médiation de l'Onu et reflétées dans toutes les résolutions du Conseil de sécurité et de l'Assemblée générale de l'Onu, le prouve explicitement.

Au vu de tous ces éléments, qui balayent la fiction d’un Maroc "puissance administrantede facto" dont usent trop commodément certains responsables européens, l’avis de l’Avocat général représente véritablement un important gain politique pour le Front Polisario, en ce qui le conforte dans son combat libérateur visant à permettre au peuple sahraoui, dont il est le représentant légitime et attitré, d’exercer pleinement et souverainement son droit inaliénable à l’autodétermination.

Il apporte également un démenti cinglant aux soutiens des thèses annexionnistes du Maroc qui tentent, à travers un discours trompeur, de dénaturer le mandat de la MINURSO en projetant leur propre conception et leur lecture biaisée des résolutions du Conseil de sécurité. 

En témoigne le discours contradictoire du Marocqui, d’une part, plaide pour la préservation de l’intégrité et de l’exclusivité du cadre de négociation conduit par l’ONU, excluant ainsi l'implication de l’Union Africaine ou de toute autre organisation dans ce processus, et, dans le même temps, s’arroge le droit de redéfinir unilatéralement et à son avantage, le mandat de la MINURSO déployée, faut-il le rappeler, pour l’organisation et la supervision du référendum d’autodétermination, et qui devrait selon les desseins nourris par ce pays et au regard des mesures unilatérales qu’il a prises en violation de ses obligations internationales, se transformer en instrument destiné principalement à parachever sa soi-disant "intégrité territoriale".

Un mot de conclusion ?

Fort de l’éclairage de l’Avocat général de la CJUE, l’Union Européenne est appelée à adopter une position plus conforme à la légalité internationale, en veillant à faire respecter les décisions de la Cour. Cela vaut notamment pour l’accord de pêche qui inclut, comme chacun le sait, les eaux territoriales du Sahara occidental, car il appartient à l’UE de s'assurer que dans la mise en œuvre des accords économiques avec le Maroc, elle ne prête pas assistance à une entreprise de spoliation des droits inaliénables de la population sahraouie sur ses ressources halieutiques et minières.

Par ailleurs, l’ambition proclamée de l’UE à assumer le rôle d’acteur global dans la région devrait s’illustrer également par une position plus affirmée en vue de restaurer le mandat de la MINURSO et, surtout, pour engager fermement les deux parties, le Front Polisario et le Royaume du Maroc, sur la voie des négociations directes, sans conditions préalables, afin de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui pourvoie à l’autodétermination du peuple sahraoui, conformément à la légalité internationale.


Sahara Occidental : L'ONU appelle à l'augmentation des aides

Nassim Mecheri


Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont tenu une séance d’information des donateurs autour de la situation humanitaire des réfugiés sahraouis en direction de la communauté internationale et diplomatique hier, à Alger, où il a été souligné la nécessité d’accroître le financement de la communauté internationale en faveur de l’assistance humanitaire afin que les Sahraouis ne deviennent pas un peuple oublié.

Lors de la réunion, les représentants des agences onusiennes, ainsi que des représentants d’ONG actives dans les camps, ont fait le point sur la situation humanitaire des réfugiés sahraouis. 

La communauté humanitaire a abordé le sort des réfugiés sahraouis, qui sont exposés à un climat rude et à des conditions de vie difficiles qui limitent les possibilités d’autosuffisance.

Un des effets de la crise prolongée est l’aggravation des conditions de vie au fil des ans, étant donné que la diminution des financements entraîne la réduction des services et l’augmentation de la souffrance. Au cours de la rencontre, la communauté humanitaire a eu à présenter les besoins financiers pour cette année et pour 2017, ce qui est estimé à 135 millions de dollars. 

« Ces fonds serviront à combler les lacunes importantes dans les secteurs clés tels que la nutrition, l’eau, la santé et l’éducation et à améliorer les possibilités de générer des revenus, en particulier pour les jeunes », a déclaré le représentant du HCR, Hamdi Bukhari. 

Le Représentant de l’UNICEF, Marc Lucet, a ajouté que « le financement supplémentaire est nécessaire simplement pour maintenir les efforts actuels, qui doivent être élargis et mis à jour. »

La rencontre d’information a été appelée par Ban ki-Moon, Secrétaire général des Nations Unies, lors de sa visite dans les camps de réfugiés sahraouis en mars dernier. Attristé par les conditions difficiles dans lesquelles vivent les réfugiés sahraouis, depuis plus de quarante ans, le Secrétaire général a appelé les pays donateurs à accroître leur aide. 

Les agences onusiennes ont souligné lors de cette rencontre l’aide importante fournie par l’Algérie qui est l’hôte des réfugiés sahraouis depuis 1975, une aide qui a inclus l’allocation des terres pour les cinq camps, et la contribution au niveau des infrastructures, les routes et la fourniture d’électricité.

Pour rappel, le Croissant-Rouge sahraoui avait lancé l’an dernier un appel à la communauté internationale pour l’octroi d’une aide de 10 millions de dollars aux réfugiés sahraouis menacés par une catastrophe humanitaire sans précédent. 

Les aides humanitaires de l’Union européenne avaient baissé de 51 millions d’euros/an à 10 millions d’euros/an, alors que les aides espagnoles, estimées à 10 millions d’euros, ont reculé pour se réduire à 4,7 millions d’euros/an, alors que celles des Etats-Unis sont passées de 9,1 millions de dollars/an à 3,5 millions de dollars/an. 


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